Ma conviction

« Pour innover pour le monde futur, stratégie, créativité et culture doivent marcher de concert »

Innover dans les process : Nécessité fait loi ! Pourquoi ?

«Opportunity is the source of innovation » est le credo de  Peter Drucker dans « Innovation and Entrepreneurship ». « Need is the mother of Invention » précise t’il pour les innovations de process. Celles- ci sont déclenchées par des besoins liés à des tâches à accomplir. Elles motivent donc des démarches un peu différentes de celles qu’il préconise pour se saisir des imprévus, des incongruités (nos articles du 12 Avril 2020) ou autres opportunités. Voyons quelles sont les caractéristiques des innovation de process dans ce quatrième article consacré aux enseignements de notre économiste américain visionnaire !

Préambule 🙂

Nous avons agrémenté le propos de l’auteur par des exemples contemporains. N’oublions pas que son ouvrage a été publié en 1985 ! Nous vous encourageons bien sûr à découvrir l’intégralité du texte d’origine, une immersion dans l’histoire économique est toujours rafraîchissante !

Par ailleurs, la notion d’innovation de process développée par Peter Drucker est essentiellement liée aux aspects de production. Ici encore, il est indispensable de replacer son propos dans le contexte économique des années 1980. La technologie digitale et l’open innovation ont depuis largement accéléré les innovations de process dans tous les domaines de l’entreprise. Il n’en reste pas moins que les fondamentaux exposés en 1985 restent d’actualité. Nous nous concentrons sur cet aspect en 5 points.

L’innovation de process s’appuie sur un besoin

L’innovation de process est fondée sur un besoin. Elle apporte des solutions pour pallier à un lien faible du process en place. Elle s’impose toujours comme une nécessité incontournable au sein d’une organisation.

Cela semble assez logique : un besoin pratique s’exprime pour accomplir une tâche ! Moins de pénibilité, moins de gaspillage, moins de ressources disponibles, plus d’efficacité, plus de sécurité, etc ….  Tout le monde est donc favorable à ce type de changement. Tout un chacun est en théorie susceptible de proposer de nouvelles idées. Ce qui, selon notre auteur, est peu courant.

En revanche, lorsque l’innovation est là, elle apparait évidente et devient rapidement la nouvelle norme.

 

3 sources d’innovation de process

1# Le besoin nait d’une incongruité

P Drucker illustre ce propos par une innovation de 1890, qui a permis le développement des medias du 20 ième siècle. La linotypie, créé par Ottmar Mergenthaler va rendre possible la production de journaux à grande échelle (rapidité et quantité). Différentes composantes de la chaine d’impression avaient déjà évolué : presses rotatives sans cesse améliorées, papier produit en grande quantité , livrés sous forme de bobines imposantes . Seule l’étape de composition des textes se pratiquait toujours selon la technique de Gutenberg (créée 450 ans auparavant). Une étape lente, essentiellement manuelle, exigeant des qualifications élevées et un apprentissage long. Incongruité donc au sein de la chaîne d’impression ! Mergenthaler a révolutionné le process en concevant la réponse au « truc bancal » : la linotype ( Line –o- type) une machine de composition au plomb, qui consiste schématiquement en l’association d’une machine à écrire et d’une micro-fonderie . Un clavier alphanumérique de 90 caractères  permet de produire la forme d’une ligne de texte d’un seul tenant.  3 mécanisations en une seule machine : sélection de chaque lettre dans la bonne typographie ; assemblage et alignement en un seul tenant pour impression ; remise en place automatique de chaque lettre à sa place pour pouvoir être réutilisée facilement ensuite. La linotype de Mergenthaler est devenue incontournable en 5 ans et a régné sans partage dans l’imprimerie jusqu’en 1960 !

La photocomposition a alors remplacé la linotypie, le tirage offset l’impression traditionnelle typographique. Rapidement, la linotypie, ce process génial issu de l’ingéniosité humaine, est devenue totalement anachronique. IL existe aujourd’hui encore quelques machines en Europe, utilisées par les amoureux de l’Art : deux imprimeries françaises, l’une dans le Val de Marne, l’autre à Nice, en possèdent plusieurs en fonctionnement.  En Belgique, la Maison de l’imprimerie à Thuin en utilise également. Le journal à parution hebdomadaire, Le Démocrate de l’Aisne, est encore le seul en Europe à être composé au plomb sur une Linotype.

Le monde de l’impression continue d’évoluer sans cesse grâce à la technologie. La chaine graphique a été révolutionné par la PAO et la technologie digitale. Les impressions en petite série sont aujourd’hui très recherchées pour s’adapter aux humeurs changeantes des consommateurs. Certains ouvrages épuisés peuvent être imprimés à la demande. Un délai de 10 jours est suffisant pour un prix très abordable ! L’innovation de process créée ainsi de la richesse !  Ces apports se constatent également au niveau de la composition, étape devenue très flexible, qui n’a plus rien à voir avec les approches manuelles de Gutenberg ou mécaniques de Mergenthaler. La vitesse de composition des textes et les combinaisons infinies de polices ouvrent un champ infini à la créativité des graphistes ! Remercions ici Steve Jobs, amoureux fervent de la typographie, qui a intégré dès le développement de son premier ordinateur portable, les bibliothèques de caractères.

 

2# L’évolution démographique génère très souvent de nouveaux besoins.

L’origine de la robotique est une réponse à l’effondrement du taux de natalité dans les années 1970. Moins de naissances, donc moins de population active à échéance relativement proche ! Tous les pays ont mis à peu près le même temps à réaliser les conséquences de la plongée de la courbe démographique : 10 années selon notre expert. Si les Japonais ont été très longtemps en avance dans ce domaine sur les autres marchés, ce n’est pour une raison de supériorité technologique (la plupart des modèles étant importée des Etats Unis) mais par nécessité ! Le Japon était confronté de plein fouet à la baisse de population active 5 ans avant les USA et 10 ans avant les pays Européens.

La question démographique est d’une grande actualité aujourd’hui. L’augmentation de la population mondiale est mise en regard de la raréfaction des ressources et de l’énorme gaspillage généré par nos modes de vie. Les besoins sont immenses et génèrent de nombreuses innovations dites frugales. Les process de production sont de moins en moins pensés de façon linéaire mais au contraire de façon circulaire, voire en spirale. Les innovations de process sont générées soit par la technologie, soit par l’ingéniosité humaine . Citons pêle mêle :   les réfrigérateurs qui fonctionnent sans électricité (Inde) ;  les bicyclettes qui transforment les accidents rencontrés sur les routes (ornières , talus , etc..) en énergie pour augmenter la vitesse (Inde) ;  l’intégration des énergies renouvelables dans les chaines de production (Pays développés W) ;  la mise au point  de procédés techniques pour limiter la consommation d’eau en cycle de fabrication ; etc …

 « We don’t want to create separate dedicated green products lines. Rather, we invest in innovative technologies like Water <less ans processes like wellthread that can be applied across multiple product lines, making sustainability a core design principle for all our products. We want to gradually build a rich design- for- sustainability toolkit that we whoud share with our suppliers, and even our competitors. The hyper competitive apparel sector is know for its race to the bottom. We waat to initiate a race to the top by uplifting the sustainability standards of the entire industry. « 

Michael Kobori. VP of Global Sustainability. Lewis Strauss

 

 

3# Les innovations de process créées par des programmes de recherche.

A nouveau ici, tout démarre du ressenti d’un besoin. Sans cela, impossible d’identifier ce qui est nécessaire ! De nouvelles connaissances sont alors développées via des programmes de recherche. Elles permettent de transformer la perception   en réalité.

Le meilleur exemple en la matière est Thomas Edison. P Drucker le dénomme l’archétype de l’innovateur du  «Process Need Innovation». Pourquoi ? Pendant une vingtaine d’années, nombreux sont ceux qui avaient l’intuition du potentiel économique de l’électricité. 5 ans environ avant le démarrage de cette industrie, le lien manquant avait été clairement identifié : l’ampoule électrique. Sans Thomas Edison et son programme de recherche sur la «  light bulb », que se serait-il passé ?

Cette démarche est centrale dans les laboratoires d’excellence de recherche industrielle et tous les programmes de recherche liés au militaire, à l’agriculture, la médecine et la protection environnementale.

Les programmes de recherche peuvent être grands : donner accès à Internet partout sur la planète grâce à des ballons, transformer l’eau salée en carburant , récupérer de l’énergie éolienne à partir de drones nouvelle génération (laboratoire de recherche Google X ; notre article du 27 Mars 2020)

Mais ils peuvent également être dédiés à des projets plus petits et bien ciblés.

Ainsi, utiliser les drones en agriculture afin d’ ajuster les traitements en fonction des besoins spécifiques d’une parcelle.

Peter Drucker nous relate l’exemple d’un réflecteur d’autoroute innovant développé par un jeune japonais, Tamon Iwasa, frappé par le nombre d’accidents mortels dans son pays. (le nombre de morts lié à la circulation au Japon avait atteint le triste record de 16 765 en 1970). Ce réflecteur » augmenté «  par rapport à un réflecteur traditionnel, permet de repérer les phares des voitures en approche,  quelque soit leurs positions et trajectoires. Implanté par centaine de milliers sur les autoroutes et les routes nationales par le gouvernement japonais, cette innovation a permis de réduire le nombre d’accidents de plus de 2/3.

Toujours en lien avec une infrastructure routière complexe, le Japon développe aujourd’hui des process innovants de contrôle et surveillance. Cette effervescence correspond à la nécessaire mise en ordre du réseau eu égard aux JO de Tokyo à venir. Il faut dire que de nombreuses autoroutes nippones datent justement des derniers JO de 1964 et ont quelque peu vieilli !  Pour identifier rapidement les zones nécessitant des travaux, différentes technologies sont combinées :

Radars laser et caméras montés sur des véhicules permettent de saisir les moindres anomalies (technologie similaire à celle utilisée par Google pour son service Street view) grâce à un logiciel spécial de traitement d’images. Les scènes sont ensuite reconstituées en 3D , l’analyse des images permet d’établir un diagnostic très précis des travaux à réaliser. Ce système adopté par la société d’autoroutes Metropolitan Expressway  intéresse au-delà du Japon, La Thailande par exemple, où il est en test. La fiabilité, les gains de temps et de couts de cette innovation de process sont énormes.

Toshiba et Alpine Electronics ont conçu un drone inspecteur :

 » Nous avons décidé de nous concentrer sur la surveillance des installations électriques, car nous avons des relations étroites avec les exploitants de réseaux. Sur un terrain très accidenté comme l’Est du Japon, dépêcher des hommes près de lignes à haute tension sur les flancs de montagnes couvertes de forêt est chronophage et dangereux. »  Koji Matsuda, chargé de  projet chez Toshiba.

« Nous exploitons des technologies d’imagerie associées à l’intelligence artificielle pour la détection automatique des dommages des piliers en acier et câbles électriques. Nous cherchons aussi à utiliser la reconnaissance vocale pour rendre les opérations de maintenance plus efficaces »  Keisuke Sanda, membre de l’équipe de développement de ce projet chez Toshiba.

 

 5 critères nécessaires au succès

Les exemples précédents mettent en lumière 5 critères essentiels à la réussite des innovations « process needs ».

  1.  L’autonomie du process
  2.  L’identification d’un lien faible ou manquant
  3. La définition claire de l’objectif
  4. Les spécifications précises de la solution.
  5. Un haut niveau de réceptivité, par une prise de conscience générale du potentiel d’amélioration.

Une fois ces 5 critères satisfaits,  toute innovation de process devient- elle  évidente ? Couvre t’elle un domaine de l’innovation où la part d’aléatoire et la zone de risque sont très réduites, voire inexistantes ? Ce n’est pas tout à fait aussi simple !

3 DO’s

Peter Drucker attire notre attention sur quelques précautions d’usage.

1# La bonne compréhension du besoin

Nous revenons ici à l’un des fondements de l’innovation : consacrer le temps nécessaire à la bonne compréhension du besoin. En innovation, comme en recherche, il faut passer idéalement plus de temps à bien définir le problème que de chercher une solution.

« Les machines un jour pourront résoudre tous les problèmes, mais jamais aucune d’entre elles ne pourra en poser un!  » Einstein.

2# La disponibilité de la connaissance

Des besoins peuvent être clairement identifiés mais restés entiers tant que la connaissance n’est pas disponible. La fabrication du papier a pris un temps infini car personne ne savait faire ce qui était nécessaire : dépolymériser  la lignine (composant de la paroi cellulaire des végétaux), afin d’en améliorer la solubilité. Si la fabrication du papier à partir du bois semble simpliste, le process est loin d’être simple. Tant que  l’industrie papetière n’a pas eu accès à la connaissance de séparation des différents composants de la lignocellulose,  elle ne pouvait pas produire des fibres de cellulose de haute qualité.

Ouvrons une parenthèse supplémentaire sur cette fameuse molécule. De nouvelles connaissances sont en cours d’acquisition pour répondre à un besoin de développement durable, tout aussi énorme et urgent que les autres dans ce domaine.

L’utilisation de lignine comme source d’éléments de base pour la chimie suscite un fort intérêt dans le domaine de la recherche. La dépolymérisation de la lignine – par rupture des liaisons éthers notamment – conduit à la formation de molécules aromatiques biosourcées susceptibles de remplacer les synthons actuellement issus du pétrole…. De nombreuses études sont en cours pour exploiter le potentiel de la lignine comme source de molécules plateforme pour l’industrie chimique. Ces molécules de faibles masses molaires représenteraient une alternative d’origine naturelle aux molécules issues de la pétrochimie, et pourraient être un des éléments-clés des futures bioraffineries. (Source : Alex Rakotovelo-Université de Bordeaux -2016- Fragmentation enzymatique de la lignine pour l’obtention de synthons phénoliques . Polymères)   

3# – La solution doit s’accorder à ceux qui vont l’utiliser.

Une innovation de  process s’accompagne toujours de l’acquisition de nouvelles compétences, parfois d’une nouvelle organisation. En revanche, nul ne connait au préalable l’amplitude de ces changements. La formation est donc indispensable à l’appropriation rapide de l’innovation. Mais pas seulement…  La communication avant et pendant le déploiement sur le terrain est absolument indispensable. Les remarques utilisateurs peuvent contribuer à faire évoluer la solution . L’appui d’un leader s’avère également indispensable ! (notre article du 6 Décembre 2019)

 

En conclusion,

Les opportunités d’innovations de process sont nombreuses et assez faciles à identifier. Néammoins, elles ont tout avantage à se plier à la Discipline de l’innovation (notre article du 2 Avril 2020). Traquer le besoin de façon systématique, s’employer à repérer un lien faible ou manquant, pousser les premières analyses plus en avant. Une fois le diagnostic établi, deux étapes méthodologiques sont encore requises : les  5 critères de base sont-ils  satisfaits ? La solidité du process innovant est elle confirmée après le test des 3 DO’s « Avons- nous bien compris ce qui était nécessaire ? Les connaissances sont elles totalement disponibles ou pouvons –nous construire à partir de l’état de l’Art ? Est-ce que la solution est compatible avec les mœurs et les valeurs des futurs utilisateurs ? »

Vous souhaitez faire le point sur vos démarches en matière d’innovations de process ? N’hésitez pas à nous contacter, nous serons heureux de partager vos besoins et dessiner avec vous des pistes d’accompagnement possibles.

 

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

En déposant un commentaire, vous acceptez notre politique de données personnelles.

Partagez
Tweetez
Partagez