Ma conviction

« Pour innover pour le monde futur, stratégie, créativité et culture doivent marcher de concert »

Défi pour les innovateurs : la nouvelle démographie

Les changement démographiques sont sources d’initiatives innovantes ! (Peter Drucker – Innovation & Entrepreneurship – 1985).

La démographie ne fait pas partie de vos observations ? Rafraichissons ensemble nos connaissances : 4,87 milliards d’êtres humains sur terre en 1985, 7,7 milliards en 2019, 10 milliards prévus en 2050, 11 milliards à la fin du siècle. Ces chiffres sont réactualisés tous les 10 ou 20 ans mais sont sans ambiguité. La population mondiale augmente ! Les marchés émergents sont le lieu de cette croissance démographique sans précédent. Plus de jeunes dans ces régions, mais aussi beaucoup plus de personnes âgées dépendantes partout dans le monde. L’Europe vieillit inexorablement. Gouvernements, entreprises privées, organisations publiques, citoyens actifs sont dès lors confrontés à des défis majeurs. Par exemple : comment gérer la raréfaction des ressources ? Quels doivent être les aménagements des soins de santé ? Comment mieux former les jeunes au monde du travail qui les attend ? Comment concilier la cohabitation de 3 à 4 générations au sein des entreprises ? Les opportunités d’innovation sont nombreuses ! Cela dit, la croissance démographique confronte les innovateurs à un changement de paradigme. Dans les pays dits à haut revenu, l’innovation des entreprises est largement centrée sur la notion de désir. Avec un taux d’échec très impressionnant des nouveautés proposées ( 80 % des innovations échouent). Dans les autres régions du monde, l’innovation adosse des besoins, parfois liés à des enjeux de survie dans des contextes de ressources très limitées. Entre désir et besoin, quelles seront les stratégies d’innovation à privilégier ? Esquisses de réponses en 3 points .

A retenir de l’analyse de Peter Drucker sur les changements démographiques

Seules les grandes catastrophes démographiques ont des impacts immédiats sur la société et l’économie.

La pandémie de covid-19 aurait pu être une catastrophe démographique avant d’être un bouleversement économique. Pourtant Peter Drucker, l’économiste visionnaire, observe que l’évolution démographique est assez mal appréhendée dans le monde des affaires. Elle est perçue comme lente, inintéressante, son rythme séculaire relèverait plus du domaine des historiens et des statisticiens que des décisions stratégiques. Et pourtant, les changements démographiques sont bien réels, ils sont rapides, parfois abrupts, ont eu de forts impacts dans le passé et en auront aussi à l’avenir.

La migration massive au XIXème siècle depuis l’Europe vers l’Amérique du Nord et du Sud, l’Australie et la Nouvelle Zélande, a généré un changement économique et politique sans précédent dans le monde. Elle a en effet marqué l’obsolescence subite de concepts géopolitiques européens tout en créant une abondance d’opportunités entrepreneuriales innovantes pendant plus de 50 ans (de 1860 à 1914). Par exemple, JP Morgan a saisi l’opportunité de cet extraordinaire flux migratoire, en privilégiant le développement de la banque dans l’Est des Etats Unis au détriment de l’Europe. L’établissement-pionnier a ainsi accompagné l’essor économique d’un nouveau monde, déblayant le passage de la ruralité vers les cultures industrielles des grandes villes, et ce, en moins de 30 ans (1830 à 1860) ! La banque Rothschild, restée en Europe, avait alors perdu son leadership dans le monde bancaire et financier : un renversement brutal qui illustre bien l’importance de la prise en compte des données démographiques dans l’orientation d’une entreprise.

Plus récemment, Citibank s’est appropriée une évolution démographique majeure pour fonder son expansion mondiale : l’arrivée des femmes dans le monde du travail. Comment ? En analysant les conséquences du baby-boom. Là où de nombreuses entreprises considéraient l’accueil des femmes comme un problème, Citibank les a embauchées, formées et nommées partout dans le monde.

A bien y regarder, tout cela semble s’être passé très vite. Les changements démographiques sont réels et prévisibles statistiquement. Ils sont toutefois vécus comme brutaux par ceux qui n’en ont pas tenu compte ou n’ont pas su en tenir compte. Vous ne voulez pas être de ceux-là. Toute entreprise a de fortes chances de s’y trouver confrontée un jour, si elle souhaite pérenniser son activité. Et tout semble s’accélérer : entre 2019 et 2050 , la population mondiale aura augmenté de 2,3 milliards de personnes, chiffre abstrait et pourtant riche d’opportunités stratégiques concrètes. (il s’agit de l’équivalent de la Chine et des 3/5 de l’Inde actuelles réunies).

Ne pas s’intéresser à la démographie serait donc déraisonnable. La première question qui mobilise à la fois entreprises, ONG, gouvernements et citoyens du monde est : peut-on gérer la raréfaction des ressources au regard de l’accroissement démographique ?

Mais d’abord, quels chiffres prendre en compte ?

Peter Drucker souligne l’importance du centre de gravité de la population ( c’est-à-dire la tranche d’âge la plus représentée et la plus dynamique ) pour anticiper les tendances générales de comportement. Nous nous sommes donc attelés à dessiner une big picture des grandes régions du monde. Ces données chiffrées, un peu fastidieuses, ont le mérite de clarifier quelques stratégies d’innovations prioritaires. C’est parti !

L’Europe : Vieillissement et croissance économique… plate

L’avenir européen proche est marqué par la baisse globale de la population (513,5 millions aujourd’hui), l’augmentation de la population âgée et la diminution des actifs en conséquence. En 2030, 25 % de la population européenne aura plus de 65 ans. En 2050, ce sera 36 % ! Avec un taux de fécondité passé sous la barre de 2 enfants par femme en 2000, l’Europe devrait compter moins de 10 millions d’habitants en 2050 par rapport à aujourd’hui (soit l’équivalent de la disparition du Portugal). Ces tendances sont déjà problématiques pour l’Allemagne, l’Italie et l’Europe du Nord. La France, à l’instar du Royaume Uni, bénéficie d’une situation légèrement différente grâce à un taux de natalité dynamique. (70 millions de français en 2050 avec 15 millions de personnes âgées de plus de 75 ans). Dans les pays à vieillissement accéléré, le levier migratoire permet cependant un relatif rééquilibrage.

Le vieillissement global européen est l’une des raisons de son faible taux de croissance. Les soins de longue durée adaptés à une population de plus en plus âgée représenteront 6,4% du PIB européen en 2060 vs 1,4% en 2014. Autant de ressources non disponibles ailleurs. Les Européens adoptent progressivement et par obligation, leurs modes de vie au regard d’une croissance plate (le phénomène du cost conscious consumer).

Les Etats Unis : croissance sous réserve d’intégration des minorités

Les Etats Unis sont le seul pays très développé à conserver une croissance démographique soutenue. 326 millions d’habitants aujourd’hui, un peu plus de 400 millions prévus en 2050. A cet horizon, la part des plus de 65 % ne sera que de 23 % (vs 36 % en Europe), celle des moins de 14 ans de 16 %, les 61 % restant couvrant les 15- 65 ans. Une dynamique semblable à celle d’aujourd’hui, liée à une forte fécondité (surtout pour la population hispanique et latinos), à une faible mortalité ( même si celle- ci est en augmentation chez les adultes actifs de 20 à 40 ans) et l’intensité des flux migratoires. En 2042 , la part des minorités ethniques et raciales devrait représenter 54 % de la population Nord américaine. Les classes jusqu’à présent marginales sont en train de devenir le « fat tail ».

Cette tendance positive s’accompagne d’une disparité cruelle des revenus. 1 % des ménages américains détiennent 21% des revenus et 39 % du patrimoine en 2015, 5 % de la population représente 37 % de la consommation en 2020. 40 % des travailleurs américains gagnent moins de 15 USD de l’heure. (Source : JP Morgan. Annual Report 2018).

Les inégalités sociales se marquent de plus en plus nettement. 60 millions d’américains sont sous bancarisés ou non bancarisés. 50 millions d’entre eux n’ont pas d’assurance médicale. Les noirs américains ne sont pas les seuls concernés mais restent les plus touchés par ces phénomènes ( 47,4 millions de noirs américains , 20% en situation de pauvreté, soit 2 fois et demi plus que les américains caucasiens).

Focus Asie : une situation non homogène. Quelques points de repère.

Le Japon connaît avec quelques années d’avance la situation européenne. (126,3 millions de japonais en 2019, 88 millions prévus en 2065).  L’Indonésie vit une période d’expansion démographique importante (268,7 millions d’habitants avec 35 millions réunis à Jakarta et ses proches environs.). Sans surprise, la Chine et l’Inde sont les régions les plus peuplées du monde : respectivement 19 et 18 % de la population mondiale. (1,38 et 1,31 milliard d’habitants). Les perspectives y sont par contre très différentes.

D’ici 2030, la population chinoise devrait se stabiliser puis décliner doucement jusqu’à 1 milliard en 2100. La période faste du dividende démographique (avéré quand la population active de 20 à 65 ans est supérieure à la population dépendante des moins de 20 ans et des plus de 65 ans) s’achève et laisse place à un nouveau défi : le vieillissement des personnes.

En revanche, la population indienne va continuer de croître jusqu’en 2050 : 1,5 milliard en 2030, 1,7 milliard en 2050, 1,65 milliard en 2100. Les Indiens se réjouissent de cette perspective démographique que certains observateurs des pays les plus développés qualifient de calamité ! Elle augure l’arrivée de nombreux jeunes actifs sur le marché du travail. L’Inde espère ainsi bénéficier du dividende démographique qui a joué pleinement en Extrême Orient (le miracle asiatique de 1970 à 1990, 10 à 30 % de la croissance chinoise). Ce qui présuppose que tous ces jeunes soient en bonne santé, éduqués et formés et que des emplois les attendent. De grands enjeux d’innovation sociale caractérisent, entre autres priorités, l’Inde en devenir.

A défaut de les transcender, elle risque de connaître les difficultés actuelles de l’Amérique Centrale et de l’Amérique du Sud ( 767 millions d’habitants au total, soit 8,4% de la population mondiale). Le continent latino-américain n’a pas tiré partie du dividende démographique. Les emplois crées étaient largement insuffisants pour le surcroît de personnes en âge actif.

Les mêmes questions concernent le Pakistan  et l’Afghanistan, qui, comme l’Inde du Nord, vivent une explosion démographique et sont des pays très jeunes. (Respectivement 220,4 et 34,23 millions d’habitants avec un taux de croissance de 6% pour le second).

Le formidable accroissement de la population de l’Afrique.

L’affolement des chiffres mondiaux tient à l’explosion démographique africaine, qui déjoue de nombreux pronostics : 1 milliard d’habitants en 2010, probablement 2,5 en 2050 et plus de 4 milliards en 2100. 4,4 milliards selon certaines sources vs une hypothèse de 2,2 milliards en 1980. 1 homme sur 6 vit en Afrique aujourd’hui, 1 sur 3 à la fin du siècle !? A l’origine de cette accélération ?

  1. Un taux de fécondité moyen encore élevé de 4,7 enfants par femme (en particulier dans l’Afrique subsaharienne ou il reste supérieur à 5 vs 1,6 en Europe, 2,2 en Asie , 1,9 aux USA et 2,1 en Amérique Latine) ;
  2. Une population à dominante rurale, ou l’âge de mariage change peu (avant 20 ans), chez qui  les croyances culturelles restent fortes ( les enfants sont une richesse). Les politiques de planning familial, quand elles sont possibles à déployer dans les campagnes, ont peu d’échos .
  3. La baisse de la mortalité infantile (passée de 30 à 10 % entre 1950 et aujourd’hui),
  4. L’allongement de la durée de vie (de 36 à 57 ans)

Les grands pays comme le Kenya, la République Démocratique du Congo, le Nigeria, l’Ethiopie, L’Egypte et l’Afrique du Sud sont les plus concernés. 60 % des africains ont moins de 25 ans, 30 millions de jeunes arrivent tous les ans sur le marché de l’emploi. Des chiffres affolants !

Dans ce contexte, la tentation de la migration est forte. Selon un sondage Gallup de 2016, 42 % des africains âgés de 15 à 24 ans déclarent vouloir émigrer ( 32 % des diplômés de l’enseignement supérieur). Par exemple, les Afro-Européens sont estimés entre 150 et 200 millions à horizon 2050.Cela étant, la migration des populations africaines se fait historiquement à l’intérieur du continent. La croissance démographique et l’impact du changement climatique se traduisent déjà par une migration vers les grandes vallées fluviales ( celles du Nil, du Niger, du Congo et du Zambèze). L’hydrographie sera, au même titre que les infrastructures routières et ferroviaires, un moteur du développement économique de L’Afrique. La croissance économique en lien avec la démographie s’appuierait ainsi plus sur l’accroissement du PIB dans des territoires ou de grandes régions que sur celui de chaque pays.

Le second défi de la croissance africaine est l’émergence d’un nouveau modèle urbain.  Les grandes villes actuelles sont saturées et sources d’appauvrissement pour ceux qui y migrent. Selon Gilles Dufrénot, l’Afrique de demain doit innover dans des modèles de développement urbain polynucléaires et multi-nodaux. (source : CEPII – Le Blog – 12/2019- « Les moteurs de la croissance africaine : la démographie est-elle un handicap ? »)

Le troisième défi de cette explosion démographique africaine est celui du capital humain autour de la Santé et de l’Education.  

Que retenir aujourd’hui des grandes tendances démographiques et des opportunités d’innovation qu’elles offrent ? 

1# – Penser l’innovation en intégrant la question de l’environnement et des ressources naturelles disponibles !

S’appuyer sur de nouvelles ressources autres que les énergies fossiles est le champ d’une grande partie de l’innovation technique et scientifique contemporaine. Engie annonce un plan d’accélération de sa transition énergétique ! Le CNES et autres laboratoires travaillent ardemment sur ces sujets de l’innovation durable. Beaucoup de données restent secrètes. Nous pouvons en revanche  partager quelques développement de X, le lab privé de Alphabet Inc. Si la production de fuel à base d’eau de mer est réalisable, elle s’avère encore trop chère par rapport aux hydrocarbures fossiles. En revanche, il semble possible de produire localement de l’électricité grâce à des kites ( Projet Makani / des kites aux ailes aérodynamiques, qui génèrent de l’électricité à la faveur de courants aériens soit non accessibles, soit trop coûteux autrement). Il semble également possible de stocker l’énergie solaire dans des tanks de sel liquéfié (Projet Malta) pour assurer la continuité des besoins énergétiques de fermes solaires ou éoliennes, trop dépendantes des aléas météorologiques. Ce projet est en test en Californie. Une posture américaine privée rassurante face à la révocation des 78 règles environnementales (mises en place par Barak Obama) par Donald Trump.

De façon plus quotidienne, tout innovateur contemporain se doit de vérifier l’impact de son projet en données environnementales. Et chercher des améliorations dans ce sens lors de ses expérimentations successives. C’est le cheval de bataille du Professeur Andrew Hargadon auprès des CEO de nombreuses entreprises nord- américaines, peu sensibles à ces sujets.

D’après nous, intégrer les générations Z dans les démarches d’innovation est une formidable opportunité pour inscrire la «sustainability» dans votre stratégie. La durabilité de la planète est une de leurs préoccupations majeures. Leur donner moyen d’agir en ce sens au sein d’équipes expertes structurées est un accélérateur d’innovation. Il existe par loi statistique, un second effet positif de la génération Z soit disant « si imprévisible » sur l’innovation . Leur créativité, leur agilité et leur besoin d’engagement dynamisent la culture d’innovation interne.  Ces richesses ne peuvent pas être anecdotiques !

2 #  Conjuguer innovation technologique et innovation sociale !

Les nouvelles technologies n’ont pas toujours bonne presse dans les pays à haut revenu : destruction d’emplois, danger des réseaux sociaux pour les plus jeunes, surmultiplication d’applications inutiles, ressources à mobiliser pour avoir accès au réseau, hégémonie des big five américaines , etc … Tout cela est juste mais il serait absurde d’assimiler les nouvelles technologies aux 7 plaies d’Egypte.

Le vieillissement de la population européenne s’accompagne souvent de l’isolement des personnes âgées. Les statistiques des usages des réseaux sociaux et e-mails par les seniors prouvent qu’Internet est un moyen efficace de lutte contre la solitude, notamment quand il est investi d’une dimension affective. Des applications conçues spécifiquement pour les personnes âgées ( interfaces plus intuitives et lisibles, ergonomie simplifiée) apportent également des réponses très encourageantes sur le maintien des capacités cognitives. En période de confinement, Internet et différentes applications ( Whatsapp, Zoom, Facebook, LinkedIn …) ont permis de maintenir, voire de consolider les liens sociaux entre toutes les générations.

Des robots autonomes évolués, capables de se repérer dans un environnement complexe,  pourraient venir en soutien des malades ou personnes vulnérables et âgées. Ils permettraient d’accomplir des tâches quotidiennes éprouvantes à leur place (expérimentation en cours)

Grâce à Internet et aux téléphones portables, le fléau de la sous-bancarisation a considérablement reculé en Afrique. Les transactions monétaires peuvent se faire sans compte bancaire. ( 73% de taux de pénétration du mobile en 2014 en Afrique vs 5% en 2003). Ces nouveaux modèles trouvent également leurs utilisateurs dans les pays à haut revenus ( cf USA mais Europe également).

La télémédecine donne accès aux soins de santé à un très grand nombre dans un rapport qualité / coût inégalable. Que ce soit dans les pays émergents ou aux Etats Unis. Ce modèle innovant trouve sa place en France pour pallier aux « déserts médicaux ». Il a fait ses preuves lors du confinement lié à la pandémie du covid-19.

Par ailleurs, les téléphones cellulaires et les plateformes web sont des leviers formidables d’accès à l’éducation dans toutes les régions du monde. Depuis 2010, l’approche est centrée sur le contenu et l’usage. Liseuses, SMS avec leçons courtes, QCM, enregistrements audio et MOOC ( massive open online courses) ont démontré leurs effets bénéfiques tant sur les élèves de primaire et secondaire ( garçons et filles) que sur les enseignants africains ou indiens.

Enfin l’apport des nouvelles technologies à l’agriculture est indiscutable. L’agriculture intelligente est une révolution extraordinaire. Que ce soit dans un village indien, une zone de montagne pakistanaise ou française, les applis permettent aux exploitants d’affiner leur gestion : besoins des sols , besoins hydriques parcelle par parcelle, choix raisonné des cultures, gestion financière. Les ingénieurs agronomes oeuvrent depuis longtemps dans ce sens à travers le monde. Citons les programmes de la NAF (National Agro Foundation), créée par C Subramaniam (le père de la Révolution Verte en Inde). Le travail de cette fondation vise à aider les agriculteurs indiens à aller vers les technologies. ( 2500 villages et 30 000 familles rurales dans la région du Taminaldu). Progression en compétences générales, amélioration de la productivité, meilleure gestion de l’eau et des ressources naturelles définissent sa démarche innovante « Lean farming ». Les résultats sont remarquables : 2 récoltes par an sont devenues la norme. La progression est immense ; riz :+ 55% ; arachide + 113% ; légumes + 116%, sucre de canne +40% ; céréales + 150% ; + de têtes de bétail et plus de lait par troupeau, création demicro-entreprises et gestion autonome… .

Evidemment,  pour déployer ces modèles innovants fondés sur la technologie, il faut l’électricité et un accès à internet. D’où des opportunités d’innovations technologiques (plus) radicales.

Par exemple, repenser la production d’électricité en petites unités proches des lieux de consommation (notre article du 4 Mai 2020), recourir à d’autres sources d’énergie que l’énergie fossile pour la produire ( cf projet Makani).

La 3 G est en forte expansion dans toute l’Afrique. Le Kenya fait de son coté l’expérience du projet Loon, les fameux ballons stratosphériques développés par X ,The Moonshot Factory, donnant accès à la 3G dans un rayon de 30 km autour de chaque ballon. Elon Musk fait le pari d’une multitude de mini satellites gravitant autour de la terre, pour donner accès à internet partout dans le monde.

3# Se tourner vers l’innovation frugale pour mieux gérer l’austérité (raréfaction des ressources naturelles et pauvreté en progression partout dans le monde)

Doing more with less  est le principe fondateur de l’innovation frugale. Schématiquement , elle est la combinaison de l’ingéniosité « jugaad » des économies en développement avec les capacités avancées de R&D des pays développés.

« L’âge de l’austérité peut devenir l’âge de l’opportunité pour ceux qui veulent approcher l’innovation d’une manière vraiment différente. »

( source : Jugaad Innovation – Navi Radjou, Jaideep Prabhu, Simone Abuya)

Quatre corollaires à cette nouvelle approche de l’innovation

 1- Centrée sur le consommateur -utilisateur ( elle part des besoins)

2 – Innover plus vite, mieux et moins cher

3-  Echouer souvent, rapidement, à moindre coût  

4 – Venir en complément des démarches d’innovation plus rodées et très structurées

Différentes entreprises ont déjà intégré ce nouvel état de l’innovation  dans leurs stratégies long terme : Unilever , Procter & Gamble , Renault- Nissan avec Carlos Ghosn, Siemens, GE, Engie, GSK, Novartis, Cemex,  Pearson , Pepsico, Aetna, Fujitsu…. Des secteurs entiers, manufacturing, commerce, services financiers, santé et éducation, empruntent également des process frugaux et plus encore un esprit frugal dans leurs organisations.

Quelques exemples : innover dans les process pour réduire la consommation en eau ( industrie textile) ,privilégier de nouveaux matériaux comme les fibres de carbone et résine en substitution de l’acier pour produire des avions, recourir aux emballages recyclés, partage des ressources entre concurrents ( logistique) , accompagner les consommateurs dans une consommation plus durable ( courant DIY) , proposer des produits de très bonne qualité à des prix accessibles ( Dacia),  etc…

Des solutions de formation professionnelle se dessinent autour d’écosystèmes d’innovation frugale en Afrique. Aujourd’hui, la population qui arrive sur le marché du travail reste insuffisamment éduquée, les salaires sont bas, les conditions de travail précaires et la productivité faible. Les réponses locales mises en œuvre par les jeunes, réunis en fablab, ont des bénéfices possibles au niveau macro-économique: invention de répulsifs contre les moustiques ; création d’applications pour réduire l’insécurité urbaine ou améliorer la productivité agricole ; numérisation des systèmes de tontines (association collective d’épargne qui réunit des épargnants pour investir en commun dans un actif financier ou dans un bien dont la propriété ne revient qu’à une partie des épargnants), ….

En conclusion, 

La croyance selon laquelle les populations changent lentement dans le temps relèvent du mythe. 2050, c’est demain !  Il est impossible d’agir sur l’inertie démographique. Il est par contre possible d’améliorer la qualité de vie, d’accélérer l’inclusion sociale tout en respectant l’environnement et les ressources disponibles. C’est là le grand rôle de l’innovation sous toutes ses formes. Les entreprises disposent d’opportunités fécondes. Peter Drucker, encore lui 🙂 rappelle l’importance de l’observation et de l’écoute en situation réelle! 

Vous souhaitez nous rencontrer sur les méthodes de l’innovation sociale ou jugaad ? Vous réfléchissez à une culture de l’innovation plus frugale ? à minima durable ? Vous souhaitez vous appuyer sur la diversité de vos équipes pour innover plus vite, mieux et moins cher ? N’hésitez pas à nous contacter, nous serons heureux de partager et de vous accompagner sur ces sujets 🙂

 

 

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